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Le blog de Ben Tyrion

Wendy Walker - Tout n'est pas perdu (Sonatine, 2016)

4 Mai 2016 , Rédigé par Ben Tyrion

Wendy Walker - Tout n'est pas perdu (Sonatine, 2016)

Résumé de l'éditeur: Alan Forrester est thérapeute dans la petite ville cossue de Fairview, Connecticut.

Il reçoit en consultation une jeune fille, Jenny Kramer, quinze ans, qui présente des troubles inquiétants.

Celle-ci a reçu un traitement post-traumatique afin d’effacer le souvenir d’une abominable agression dont elle a été victime quelques mois plus tôt.

Mais si son esprit l’a oubliée, sa mémoire émotionnelle est bel et bien marquée.

Bientôt tous les acteurs de ce drame se succèdent dans le cabinet d’Alan, tous lui confient leurs pensées les plus intimes, laissent tomber leur masque en faisant apparaître les fissures et les secrets de cette petite ville aux apparences si tranquilles.

Parmi eux, Charlotte, la mère de Jenny, et Tom, son père, obsédé par la volonté de retrouver le mystérieux agresseur.

Mon avis: Qu’il me soit tout d’abord permis de remercier ici chaleureusement Babelio et les éditions Sonatine: c’est dans le cadre d’une masse critique organisée par Babelio que j’ai eu la chance de remporter un exemplaire de l’ouvrage avant sa sortie en librairie.

Wendy Walker signe, avec Tout n’est pas perdu, son premier roman. Publié en anglais chez St. Martin’s Press sous le titre All is not forgotten, c’est Fabrice Pointeau qui nous en livre une très belle traduction française (le traducteur n’est pas du tout un nouveau venu, on lui doit des traductions de plusieurs romans de Paul Cleave et de R.J. Ellory, chez Sonatine également). L’auteure, avocate spécialisée en droit de la famille, a pris environ 17 ans à mûrir son roman. C’est dire si l’écriture est recherchée, bien que la rédaction ait, selon ses propres termes, pris 10 semaines…

Autant le dire d’emblée: nous sommes ici en présence d’un roman particulièrement soigné sur le plan de la narration, ce qui, pour le lecteur que je suis, est fondamental lorsque je suis confronté à un thriller authentiquement psychologique. J’ai spontanément une préférence pour le roman noir social, pour les polars historiques, pour les thrillers qui développent une «thèse politique»… Wendy Walker m’a en quelque façon réconcilié avec le genre psychologique: se fondant librement sur une hypothèse (à vérifier empiriquement, mais plausible) relative au traitement des troubles de stress post-traumatique (TSPT), hypothèse qu’elle enracine dans une certaine lecture de travaux de neurosciences relatifs à la mémoire, l’auteure a construit une intrigue dont la véritable force est de tenir, de bout en bout, cette hypothèse.

Le narrateur de l’ensemble de ce texte dense est Alan Forrester, psychiatre à Fairview, dans le Connecticut (dans le nord-est des USA).

L’affaire est simple à la base: la jeune Jenny Kramer est victime d’un viol odieux perpétré lors d’une soirée organisée par une classe du lycée de Fairview à laquelle elle participe. Ses parents sont désemparés: sa mère insiste pour qu’elle subisse immédiatement un traitement qui va minimiser voire faire disparaître son souvenir des événements, son père pour sa part voudrait pour sa part ne pas hypothéquer les chances de retrouver la trace de l’agresseur, en n’administrant pas ce traitement. C’est la mère qui aura gain de cause. Alan Forrester se retrouve au cœur de l’ensemble du processus de traitement de Jenny, puis, de fil en aiguille de ses parents, et de différents habitants de Fairview. Le passé de chacun ainsi que le sien propre vont lui permettre de tester sa manière bien spécifique de sonder la mémoire de ses patients.

La narration du récit progresse selon les propres «souvenirs» du Dr Forrester, qui délivre le déroulé des faits dans un ordre qui suit plutôt, chapitre après chapitre, le fil de ses propres associations d’idées qu’une structure purement chronologique (bien que, dans l’ensemble, la chronologie soit respectée). Les flashbacks n’ont pour objectif que de nourrir notre compréhension du présent des protagonistes et des raisons d’agir de Forrester, véritable chef d’orchestre de l’enquête, sur les traces du violeur.

En quelque façon, le récit suit un ensemble de plans hélicoïdaux, Forrester progressant toujours plus en profondeur dans sa lecture des faits, testant et re-testant sa manière d’aborder les TSPT et nous donnant ça et là l’une ou l’autre de sa manière d’envisager les relations familiales (l’expérience professionnelle de l’auteure n’est sans doute pas étrangère à ces quelques brèves réflexions).

L’ensemble est amplement maîtrisé et très bellement réussi (la perfection n’est sans doute pas le mot adéquat). Il s’agit clairement du meilleur roman que j’ai pu lire lors des quatre premiers mois de 2016. C’est même un coup de cœur dans la mesure où la structure du récit a, me semble-t-il, quelque chose d’original dans sa forme. Bref, une lecture que je ne peux que recommander…

tous les livres sur Babelio.com
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G
Merci de cette présentation qui vient approfondir l'envie de m'y plonger
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P
Ce livre piquait déjà ma curiosité mais après avoir lu ta critique, je suis totalement emballée.
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B
Merci :-) mais je préfère suggérer de lire des critiques moins emballées également histoire d'entrer dans le livre avec la tête froide ;-)
M
Construction magistrale en effet et coup de coeur pour moi aussi ! Sonatine propose vraiment des livres à atmosphère pour mon plus grand bonheur car j'adore les thrillers psy ;)
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