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Le blog de Ben Tyrion

Nadine Monfils – Les vacances d’un serial killer (Belfond, 2011/Pocket, 2012)

13 Juillet 2016 , Rédigé par Ben Tyrion

Nadine Monfils – Les vacances d’un serial killer (Belfond, 2011/Pocket, 2012)

Résumé de l’éditeur : C’est l’été. Alfonse Destrooper s’apprête à partir avec sa famille sur les bords de la mer du Nord. Cette année, il a réservé aux Mouettes rieuses, une charmante pension de famille. Josette, sa femme, est bien décidée à se la couler douce. Les enfants, Steven et Lourdes, ont emporté leur caméra pour immortaliser ces vacances tant attendues. Quant à Mémé, véritable Calamity Jane, elle les accompagne dans sa vieille caravane. Mais le voyage commence mal. Josette se fait voler son sac par un motard. Furieux, Alfonse s’arrête dans un restoroute où les enfants s’amusent à planquer leur caméra sous les cloisons des toilettes de l’établissement, histoire de recueillir quelques images truculentes. Puis la famille reprend la route, les ados visionnent les images prises dans le restoroute et… stupeur, découvrent sur l’écran le cadavre du motard gisant au pied des toilettes !

Les vacances en enfer ne font que commencer…

Mon avis : Nadine Monfils nous offre, avec Les vacances d’un serial killer, le premier volet des aventures de Mémé Cornemuse. C’est une histoire de famille à laquelle nous avons droit. Sous les atours d’un livre léger à l’humour parfois grinçant, sous l’aspect d’une énorme et peu sérieuse caricature à la sauce belge, c’est un véritable vaudeville noir, doublé d’une noble satire sociale, qui s’offre au lecteur. La puissance de Nadine Monfils est de faire voir, à travers le regard de personnages finement croqués dans leurs traits les plus agaçants, ce que des relations de famille peuvent devenir quand des enfants sont blasés, quand un couple prend l’eau, quand un homme s’est impliqué avec ambition dans une entreprise qui fait sourire, quand sa femme n’a de cesse de lui imposer une mère polissonne qui a soif de liberté et d’expériences… Il n’est pas évident de «tenir» de bout en bout un roman écrit dans un langage direct, percutant, rempli de belgicismes, et profond à la fois. Je me suis attaché au personnage d’Alfonse, ce père qui cherche à être maître de sa famille sans vraiment y parvenir, ce mari qui est agacé par sa femme qui traîne, ne fait pas attention à ses affaires, prend des initiatives qui fait chanceler le délicat équilibre qu’il entendait maintenir, et qui lui impose sa mère, ce beau-fils qui verrait bien sa belle-mère quatre pieds sous terre, cet homme habité aussi par la passion et le désir, ce Belge qui a réussi dans la boulette et qui offre généreusement des vacances à sa famille, ce pilier de comptoir aux expressions pas toujours glorieuses… Mais quand tout vous quitte, quand tout tombe, quand votre vie éclate en morceaux, il faut encore, comme Alfonse, rester debout, et résister à la violence du monde. Je ne résiste pas à l’envie de vous livrer un passage qui contient une des plus belles leçons de vie à l’endroit d’Alfonse, dans ce magistral petit roman : «[L]a vraie obscénité n'est pas dans le vocabulaire. Elle est dans la violence gratuite. Dans ces trous-du-cul qui nous font gober n'importe quoi pour s'en mettre plein les poches. Dans ce putain de monde où tout part en couilles, où les riches se pavanent sur leur tas de pognon sans même jeter un regard à ceux qui crèvent la dalle. La grossièreté, c'est pas causer comme un pilier de comptoir, mais c'est avoir un langage châtié et de foutre la planète en l'air en remplissant des piscines alors que des mômes meurent de soif» (p. 220 dans l’édition Pocket que j’ai lue).

J’espère que les bien agréables moments de lecture que j’ai passés en compagnie de la famille Destrooper se répéteront parmi celles et ceux qui se plongeront dans ce roman. Bravo et merci à Nadine Monfils de nous livrer avec humour un portrait finement ciselé des relations humaines !

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